la facecachée de l'EN

Mon point de vue sur ce qui se passe dans l’éducation nationale : la face cachée de l’iceberg.

02
jan
2012

Le Meurtre d’Agnès : plus jamais ça, l’effet pervers de la notation des profs par leur chef d’établissement.

by en-face-cachee

Un bon prof  du public doit être comme dans le privé aux ordres de sa hiérarchie, être évalué en permanence et viré si le besoin s’en fait sentir.

La vox populi semble être d’accord, je vous donne un petit exemple qui s’est déroulé l’an dernier et qui peut remettre en question ce présuposé.

Une tournante s’est déroulée dans une ville proche ( 1 fille et 6 garçons dans une cave d’un immeuble glauque d’une cité sensible). Les garçons sont alors placés en détention dans un quartier pour mineurs ; la plupart ressortent avec une tape sur les doigts au bout de 4 mois et sont ensuite placés dans des foyers gérés par des éducateurs. En France, la norme veut que le viol d’une gamine vaut 4 mois de prison si celui qui commet l’acte a entre 12 et 15 ans.

Un lundi, j’apprends que nous allons avoir un nouvel élève, en effet la justice pousse au maximum pour que les mineurs délinquants soient scolarisés de manière quasi immédiate sans prendre aucune précaution particulière. Au niveau hiérarchique, on ne me dit rien de plus si ce n’est qu’il aurait eu des soucis avec la justice et qu’à la moindre “bêtise” il devra réintégrer la prison…..

Je m’interroge : qu’a-t-il bien pu faire pour avoir une peine de prison? L’expérience m’a appris que, généralement, lorsqu’il s’agit d’un mineur, c’est soit pour une affaire de drogue (conséquente), soit pour une affaire de moeurs, généralement pour la violence, c’est plutôt le centre éducatif fermé. Je mène donc mon enquête personelle en faisant marcher des contacts appropriés pour savoir à qui a-t-on à faire.

Après avoir eu les renseignements adéquats, j’en fais l’écho auprès de ma hiérarchie sur les démarches spécifiques à mettre en oeuvre pour que l’intégration se passe bien. Ma hiérarchie me réponds que je n’ai pas à me poser de questions, qu’il faut laisser une chance à ce jeune (rouler jeunesse) ; que cela n’est pas de mon ressort et que je n’avais pas à me renseigner de mon côté ( peut-être que si le proviseur du lycée de la petite Agnès avait réalisé le même travail d’information…). D’ailleurs, on me rappelle que si je parle à tort et à travers de cette histoire, cela pourrait être considéré comme une faute professionnelle.

Dans l’éducation nationale, la hiérarchie ne veut pas de vagues donc tant que cela ne se sait pas alors il ne s’est rien passé! On parle de la “grande muette” concernant l’armée mais l’école n’est pas mal non plus dans son genre. En effet, les principaux/proviseurs ont des primes de résultats ( 7000€ par an), ils ne veulent pas avoir des tâches dans leur dossier pour les mutations futures ou perdre de l’argent. L’intérêt de l’élève est largement secondaire et de toute façon, les gens n’ont pas à savoir certains éléments de “notre cuisine interne”.

Nous sommes donc face à un cas de conscience important, écouter sa hiérarchie, se taire et laisser faire et penser à sa carrière ou prendre les précautions nécessaires ( peut être inutiles comme dans ce cas heureusement) et agir de manière responsable. En tout cas avec cette réforme, j’étais certain d’avoir une mauvaise note pédagogique.

Cette situation se déroule très régulièrement dans de nombreux établissements scolaires français, ce qui je le reconnais volontiers doit quelque part faire un peu froid dans le dos. C’est un exemple extrême certainement mais c’est pour montrer le fait que la hiérarchie dans un établissement scolaire obéit aux ordres avant tout qui viennent de plus haut et ce plus haut souhaite aussi mettre tous les enseignants au pas ce qui peut avoir des conséquences graves pour les élèves.

23
déc
2011

90% de réussite dans une formation, attention à l’arnaque aux statistiques !

by en-face-cachee

Réunion d’information des parents d’élèves.

La concurrence entre les établissements est déjà une réalité dans l’éducation nationale. Les proviseurs lors des réunions “plan com” qu’ils organisent en fin d’année scolaire en vue des inscriptions pour la suivante, vantent l’excellence de leur lycée ( pro ou général) et sortent des pourcentages de réussite très impressionnants : 95% pour ce CAP , 90 % pour tel Bac pro, 90% pour ce Bac général …

Tous les parents font un rictus de soulagement et le contraire serait anormal, ils se sentent rassurés et ils savent que leurs enfants sont entre de bonnes mains. Le seul petit problème, c’est qu’ils ne lisent pas les petits commentaires qui sont écrits en tout petit en bas de page comme pour les pubs quasi mensongères que l’on reçoit à longueurs de semaines dans nos boîtes aux lettres.

En réalité, le pourcentage révèle le taux de réussite des personnes ayant terminé la formation ou qui ont obtenu l’examen. Cependant, n’importe quel enseignant ayant déjà passé quelques temps en lycée sait qu’en réalité le pourcentage de réussite des élèves entre le point A et le point Z est beaucoup plus faible.

On peut prendre pour exemple, une classe de CAP d’un lycée professionnel pris au hasard, au début d’année il y avait 27 élèves dans cette formation. Certains élèves ont choisi cette formation en toute connaissance de cause et d’autres sont un peu là par hasard et ils auraient préféré obtenir une place dans un autre CAP mais il n’y avait plus de places alors faute de mieux …..

A la fin du premier trimestre, le groupe s’est réduit et il n’y a plus que 20 ou 21 élèves qui viennent régulièrement en cours. Pour les autres, on leur donne le numéro de la MGI ( mission générale d’insertion ) ou de la mission locale et on leur souhaite bonne chance dans la vie. Au début de l’année suivante, le groupe ne contient plus que 16 élèves. A la fin de la seconde année de formation, 15 élèves ont décroché leur CAP, on peut donc sortir le chiffre de 94% de réussite dans la filière.

Si on réalise le pourcentage de réussite global par rapport au groupe initial inscrit en 1ère année, on a un pourcentage de réussite de 15 sur 27 soit 55% de réussite.

Il y a également d’autres ficelles pour augmenter artificiellement le taux de réussite à un examen, ce qui touchait le lycée touche à présent le collège, les principaux et les proviseurs jouent déjà à fond la carte de la mise en concurrence. Lorsque l’on sait pertinement qu’un élève va se “planter” à l’examen : brevet, bac….on peut lui dire clairement les “choses” et il y a des chances qu’il ne se présente pas le jour fatidique. Pour lui cela ne va pas changer grand chose mais pour l’établissement, cela permet de faire remonter le taux de réussite.

Dans les établissements privés, il est de coutume de ne pas inscrire certains élèves dont on a des doutes sur leur réussite. Si dans une filière d’un bon lycée, vous arrivez à convaincre 6 ou 7 élèves, vous vous rapprochez tranquillement des 90% de réussite.

Les établissements privés se permettent aussi de sortir des élèves de leur établissement pour diverses raisons ( niveau global, comportement) et ces élèves doivent s’inscrire dans l’établissement public de leur ville, ce dernier ne peut d’ailleurs pas refuser d’inscrire cet élève.

On peut également éviter de faire le forcing pour rappeler aux élèves en question de ramener leurs papiers pour s’inscrire à l’examen ( photocopie de carte d’identité..). Disons qu’on le fait marquer dans leur carnet, on leur répète ensuite une ou deux fois mais comme souvent ces élèves sont aussi ceux qui perdent les papiers importants ou ne font jamais signer leur carnet….

Pour aider les parents d’élèves : en plus du taux brut de réussite, il faut aussi regarder le taux de redoublement, le taux de réorientation et surtout au moindre début de décrochage : prendre rendez-vous avec l’équipe éducative de votre enfant.

P.S : Lisez bien ce qui est marqué en tout petit après *  sauf que dans l’éducation nationale, il n’y aucun avertissement de ce type.

17
déc
2011

Une demande de dérogation forcée : conseil de discipline en cachette !

by en-face-cachee

Fais ta valise et va voir ailleurs si l’herbe est plus verte !

Les chefs d’établissements reçoivent des directives sur la nécessicité de réduire au maximum le nombre d’exclusions définitives de leur établissement.

Ce nombre officiel maximum évolue en fonction de la situation de votre collège ou de votre lycée : dans un collège classique ( 2 ou 3 maximum) et dans un collège ZEP ( on peut parler de 5 ou 6 exclusions autorisées). L’objectif du chef d’établissement en répondant à cette injonction est de se “faire” bien voir par le rectorat en espérant que ce dernier lui rende l’ascenseur lors d’une future demande de mutation surtout si ce dernier se montre ambitieux par rapport à cette future mutation ( volonté de décrocher la direction d’un bon lycée pour un principal de collège par exemple….).

L’équipe de direction de l’établissement touche une prime annuelle, de nombreux critères comptent dans le calcul de cette prime. Il est aisé de croire que le fait de ne pas dépasser le nombre d’exclusions autorisée doit aider à maximiser cette prime qui peut s’élever à près de 7000 € par an.

L’équipe de direction est donc face à un dilemme, ils subissent la pression des professeurs (qui sont les victimes désignées de l’incivilité voir de la violence verbale ou physique des agitateurs) mais également de la part des parents d’élèves. Parmi ces derniers, certains peuvent être persuasifs surtout s’ils font parti d’une association de parents d’élèves ou s’ils ont un bon réseau ( ” je ne vais pas faire une bonne publicité à votre établissement et je connais du monde, vous pouvez me croire…”).

Si le ou les élève(s) en question posent véritablement problème alors après une réunion discrète, on décide de convoquer leur famille et parfois lorsque celles-ci ne maîtrisent pas très bien la langue de molière alors on pré-rédige une lettre de demande de dérogation à envoyer au rectorat avec le futur établissement d’accueil souhaité pour cet élève ( on voit bien la solidarité exemplaire entre les établissements sur ce sujet). On se refile clairement les patates chaudes.

En clair, le message qui est envoyé à la famille est simple : soit vous signez ce document et on essaye de trouver une solution satisfaisante pour tout le monde (surtout pour l’équipe de direction de l’établissement), soit votre enfant passe ou repasse (ce qui est souvent le cas) en conseil de discipline avec toutes les conséquences que cela implique ( inscription dans le dossier scolaire de l’élève, réputation…).

Si la famille accepte, ce qui est souvent le cas, alors une partie des problèmes de l’établissement disparaissent provisoirement ( car beaucoup d’établissements pratiquent ces méthodes, ce qui organise une sympathique petite rotation des problèmes).

Ce conseil de discipline déguisé n’apparaît donc pas dans les statistiques officielles de l’établissement, ni dans ceux du rectorat qui accorde de plus en plus ce genre de dérogation pour éviter que ses statistiques en terme d’exclusions définitives explosent.

L’équipe de direction essaye donc tant bien que mal de tenir ses objectifs sans penser aucunement à leurs élèves et encore moins au devenir de l’élève exclu.

Ce système relève d’une incroyable hypocrisie dont personne ne parle.

D’ailleurs retenez bien ce mot : HYPOCRISIE car pour moi c’est le terme qui définit le mieux notre système éducatif.

10
déc
2011

La grève du 15 décembre 2011 dans l’EN commandée par le gouvernement !?

by en-face-cachee

une manifestion d’enseignants contre la casse du service public d’éducation.

Je tiens à préciser que je suis enseignant depuis une petite dizaine d’années.

Au niveau statistique me concernant : jamais syndiqué, 0 grève en 10 ans, 3 jours d’absences en 10 ans. Je suis donc très loin des stéréotypes véhiculés sur la profession.

Je tiens à préciser que je ne suis pas contre les raisons évoquées pour faire grève car il n’en manque pas des raisons …loin de là même.

Après plusieurs discussions avec mes collègues ces dernières semaines, il revient une sorte de légende urbaine qui pour moi n’a rien d’incroyable.

Attention SCOOP : Les grèves sont commandées par le gouvernement pour faire des économies !!!!!

Tous les enseignants de France qui vont faire grève ce jeudi vont perdre à peu près 80€ sur leur paye du mois de Janvier. Il est normal que si les enseignants ne travaillent pas ce jour là ne soient pas payés.

On peut imaginer que le nombre d’enseignants qui va faire grève sera de 25% soit 210 000 sur 850 000 agents.

Si on va plus loin dans le calcul, on s’aperçoit que le gouvernement va réaliser une économie d’à peu près 17 millions d’euros sur cette journée.

L’économie sera encore plus grande car les professeurs des écoles dans plusieurs départements doivent télécharger une petite feuille sur le site de l’administration et la renvoyer ( à leur frais : 25 € en 10 ans) à l’inspection académique pour bien prouver qu’ils n’ont pas fait grève. Cependant il y a très souvent des problèmes techniques ( volontaires ?) donc des enseignants ne sont pas payés et en plus ils ont travaillé. Il est difficile ensuite d’obtenir gain de cause auprès de l’administration.

Le nombre de grèves par an est variable : il y a peu près 5 journées de grève pas an donc le gain du gouvernement est à peu près de 100 millions d’ € par an.

Le gouvernement est même doublement gagnant : financièrement et médiatiquement.

Les pitbulls du gouvernement vont pouvoir se lâcher dans la presse écrite et audiovisuelle pour dénoncer l’irresponsabilité de tous ces enseignants qui se battent pour garder leurs avantages catégoriels au lieu de remplir leur mission : instruire.

Cela est d’autant plus intolérable que cette grève a lieu en pleine crise et que ces maudits enseignants ont un poste à vie…

Mais comment le gouvernement dicterait-t-il ses ordres à des syndicats en apparence indépendants et surtout opposés à la politique du gouvernement ?

Au vu du dernier rapport sur l’argent des syndicats, il apparaît que les pouvoirs publics participent à hauteur de 90% de leurs budgets (soit directement ou indirectement)….les cotisations des syndiqués ne suffisent pas, loin de là.

D’autre part, il y a toujours des décharges syndicales pas ou peu justifiées alors même que le gouvernement a supprimé près de 60 000 postes d’enseignants.

Tous ces faits sont pour le moins troublants. En tout cas, moi je suis véritablement interloqué surtout lorsqu’un syndicaliste m’a dit qu’il réfléchissait à changer les modes de contestation car il y a de moins en moins de grévistes dans les rangs des enseignants de l’éducation nationale, alors même que le mécontement et le découragement n’ont jamais été aussi importants dans la profession.

Je tiens juste à souligner le fait que des militaires ont eu beaucoup de mal à toucher leur solde du mois de Novembre mais comme statutairement ils ne peuvent pas se plaindre alors se sont leurs femmes qui se plaignent à leur place notamment sur la blogosphère.

La situation financière de l’Etat serait-elle encore pire qu’annoncée ?


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